Depuis l’antiquité, les proverbes tiennent une place à part entière dans la vie et la culture quotidiennes de l’Arabie. Ils résument les principes fondamentaux, la pratique de la sagesse et les leçons de vie appliqués par les ancêtres et ont été transmis par tradition orale au gré des générations. Au cours de la période préislamique de Jahiliyya, la poésie orale a commencé à fleurir et, avec l’apparition et la prolifération de l’Islam, les formes littéraires verbales à la fois sacrées et séculaires ont continué à gagner en popularité. La transmission de la poésie et d’autres formes d’expression verbale à la mémoire collective reste une tradition bien ancrée parmi les peuples de la péninsule arabe, d’autant plus depuis que la mémorisation de certaines parties du Coran au moins est devenue une pratique répandue chez les musulmans fervents. Parmi les nombreux genres formulaires que compte la langue arabe, les proverbes constituent une forme très profondément enracinée, notamment en raison de leur concision et de leur valeur éducative. De nouveaux proverbes furent tirés du Coran et du Hadith et l’héritage islamique a fourni une riche inspiration pour l’élaboration de nouveaux proverbes et dictons qui vinrent s’ajouter à la tradition proverbiale de la région. Les Emirats Arabes Unis partagent les proverbes arabes avec le reste du monde arabe, lesquels existent habituellement en arabe classique. En outre, le pays dispose également de ses propres proverbes issus du folklore local et de l’observation de la vie et de la nature humaine ainsi que de l’Islam, généralement en dialecte arabe local. Et en raison des affinités géographiques, économiques, sociales et culturelles existant entre les Etats du Golfe, de nombreux proverbes sont partagés uniquement par ces derniers.
Vous trouverez ci-dessous quelques échantillons de proverbes répandus parmi les communautés des Emirats Arabes Unis.
إذا ريت الريال تعلب بالحاها العب بلحيتك شراها
[Translittération : Idha reit-il-riyal til’ab bilhaha, il’ab blihiatik shiraha]
« Si vous voyez des hommes se caresser la barbe, caressez la vôtre »
Il s’agit manifestement d’un proverbe appelant à la diplomatie, à plus forte raison en présence de personnes appartenant à une tranche d’âge différente ou bien à une autre culture ou un autre milieu. On pourrait considérer ce message comme un appel au respect des normes, des pratiques et des coutumes sociales de sa propre communauté ou d’une autre communauté avec laquelle on pourrait être amené à entrer en contact. Il apprend à être prudent et accommodant en compagnie des autres et à adopter et accepter leurs coutumes, même si l’on ne les comprend pas toujours. Ce proverbe conseille, de ne pas laisser la vanité ou la fierté empêcher une personne de rendre la pareille en la présence de personnes appartenant peut-être à un rang social moins élevé.
الخير في بطن الشر
[Translittération : Al-khair fi batn al-sharr]
« La bonté dans le coeur (les entrailles) du mal »
Ce proverbe s’applique aux choses, circonstances, événements ou personnes qui pourraient sembler mauvais ou menaçants au premier abord pour ensuite se révéler bons ou mener à des conséquences louables, comme un orage apportant l’eau de pluie tant désirée, le mauvais goût d’une potion guérissant le mal ou juger les gens en fonction de leur apparence à priori mauvaise ou maléfique alors qu’ils ont peut-être bon coeur. Ce proverbe invite donc à faire preuve de raison et à ne pas se perdre dans des jugements hâtifs.
احفظ الحتات لين ايقول لك الزمان هات
[Translittération : Ihfadh al-hitat lein-i-goullak al-zaman hat]
Ce proverbe recommande de ne pas se débarrasser de choses qui – à priori – n’ont que peu ou pas de valeur car elles pourraient bien se révéler utiles par la suite. Plus généralement, il s’agit d’une invitation à ne pas sous-estimer la valeur des choses car elles pourraient ne plus être à disposition lorsque l’on en a besoin.
الحيلة ما توصل دار
[Translittération : Al-hila matwassil dar]
Ce proverbe signifie simplement que la tromperie ou le mensonge ne paie pas.
اليمر يخلف رماد
[Translittération : Al-Yamer yikhallif ramad]
« Le charbon produit des cendres »
« Brûler du charbon produit des cendres » constitue une métaphore selon laquelle un homme bon ou un bon père (brûler du charbon) peut engendrer un fils mauvais (cendres). En d’autres termes, cela signifie que les parents ne sont pas toujours à blâmer pour les mauvaises actions de leur fils ou de leur fille, car le mal peut très bien supplanter une bonne éducation.
اربط صبعك وكل بينعت لك دواء
[Translittération : Urbut isba’ak wilkul bi-yena’tlack dawaa]
« Mettez un bandage autour de votre doigt et tout le monde vous prescrira un remède »
Cela fait allusion aux personnes qui, dans leur désir de reconnaissance, délivreront des conseils dès qu’ils le pourront, en dépit de leur peu de connaissance du sujet en question. La recommandation implicite du proverbe est de ne pas se laisser influencer en allant chercher le même conseil chez de nombreuses personnes et en écoutant des opinions contradictoires ou, si l’on doit écouter plusieurs avis, d’agir avec discernement et d’utiliser la raison pour estimer si l’un des ces conseils est bénéfique.
احضر على مالك ولا سبعه من عمالك
[Translittération : Ihdhar ala-malik wala sab’a min ommalak]
« Prenez soin de votre argent (de vos affaires) plutôt que de sept de vos travailleurs »
La morale de ce proverbe est qu’il vaut mieux s’occuper personnellement de ses affaires que d’engager plusieurs personnes pour le faire à votre place. En d’autres mots, personne n’a autant d’intérêt et d'implication dans une affaire que le patron et, en conséquence, les risques sont élevés quand le patron est absent.
المسافر له في البحر طريق
[Translittération : Al-mussafer lahu fil-bahar tireeg]
« Un voyageur a un chemin tracé dans la mer »
Ce proverbe vise à encourager le voyageur à ne pas désespérer lorsqu’il rencontre des obstacles sur son chemin, car Dieu soutient toujours ceux qui ont la foi et les mène en lieu sûr. D’un point de vue plus général, ce proverbe a pour but de réconforter les personnes qui éprouvent des difficultés au cours de leur vie ou qui s’attendent aux pires épreuves lorsqu’ils sont sur le point de s’engager dans des projets d’envergure. En ce sens, cela revient à dire qu’il y a toujours de « la lumière au bout du tunnel ».
الغرقان يتعلق بالشبو
[Translittération : Il-ghargan yitt-allag bil-shabou]
« L’homme qui se noie s’accroche aux algues »
Ce proverbe fait allusion aux personnes qui, par désespoir, sont prêtes à se raccrocher à un faux espoir, à une excuse légère ou à une illusion afin d’affronter leur situation.
المستعجل ما كل قرصه ني
[Translittération : Al-mista’jil makil ghirsa nay]
« La hâte fait manger le pain cru (aux gens) »
Ce proverbe encourage les gens à être mesurés dans leurs actions car les décisions hâtives et l’impulsivité conduisent au mieux à des résultats « à moitié cuits ».
بيضة اليوم ولا ديايه باكر
[Translittération : Baidha el-yoam wala diyaya baaker]
« Un oeuf aujourd’hui vaut mieux qu’une poule demain »
Ce proverbe apprend aux gens à se contenter de ce qu’ils ont et à ne pas vivre en l’attente d’une promesse ou d’un espoir qui ne se matérialisera peut-être pas le lendemain. En d’autres termes, il s’agit d’être réaliste et de ne pas mettre trop d’espoir dans ce qui ne se produira peut-être pas.
كل من يليسه
[Translittération : kil min yileesa]
Ce proverbe signifie littéralement « l’homme est comme celui avec lequel il s’assied », soit l’équivalent du proverbe anglais « les oiseaux de la même plume volent ensemble » ou du proverbe russe « dites-moi qui est votre ami et je vous dirai qui vous êtes », c’est-à-dire « qui se ressemble s’assemble ».
لي ما يعرف الشاهين يشويه
[Translittération : Li maya’rif il-shaheen yishweeh]
Le shaheen ou faucon de barbarie est non comestible et dès lors utilisé pour la chasse. Ce proverbe dit que ceux qui ignorent ce qu’est le shaheen le passeraient [probablement] au grill. Autrement dit, ceux qui commencent un métier sans expérience ou une tâche sans disposer des aptitudes nécessaires causeront inévitablement plus de tort que de bien.